LES MENACES: LE BUSINESS ET LES ARNAQUES DE L'EAU

 



Reportage: Nestlé et le business de l'eau en bouteille


Les multinationales de l'eau en bouteille     Les multinationales de l'eau du robinet    
Les pseudos "meilleurs produits"

 

Si « l’eau courante ne se corrompt jamais » (Proverbe chinois), il n'en va pas de même pour le système qui a réussi à la capter pour en faire une source de juteux profit.

La privatisation de l'eau est en soi un scandale pour une ressource indispensable à la vie: les multinationales se targuent de fournir les consommateurs mais ces consommateurs sont toujours (et notamment dans les pays en développement) les plus favorisés tandis que le niveau des nappes phréatiques (d'où provient l'eau embouteillée) diminue et que la pollution augmente pour l'ensemble de la population!

Même chose avec l'eau du robinet où les intérêts particuliers d'une minorité priment trop souvent sur l'intérêt général ou collectif.

Quant aux arnaques de l'eau, elles ne concernent cette fois-ci pas forcément les moins favorisés - au regard du coût de certains appareils - mais les plus crédules ou naïfs...

 

Les multinationales de l'eau en bouteille

 

"Multinationale basée en Suisse, Nestlé est le leader mondial de l'agroalimentaire, notamment grâce au commerce de l'eau en bouteille, dont elle possède plus de 70 marques partout dans le monde. Pour Peter Brabeck, le président du conseil d'administration, l'eau peut « garantir encore 140 ans de vie » à l'entreprise. Malgré le refus de collaborer opposé par la direction, les réalisateurs dévoilent les coulisses de ce marché qui brasse des milliards. Des Etats-Unis au Nigeria en passant par le Pakistan, ils explorent les circuits de l'eau en bouteille, mettant en lumière les méthodes parfois expéditives de la firme. Ils montrent qu'elles reposent sur une question cruciale : à qui appartient l'eau ?" (Teasing du reportage ci-dessus)

Quelques multinationales seulement se partagent un marché d'une centaine de milliards de dollars pour plus de 200 milliards de litres dont Nestlé, le leader mondial avec 17% du marché (Danone est numéro 2) via plus de 70 marques dont Vittel, Perrier et San Pellegrino. 

Le reportage (intitulé "Bottled Life" en anglais) réalisé par Urs Schnell est éloquent quant au cynisme de la direction de Nestlé,  via plusieurs temps forts:

- Le camps de réfugiés somaliens géré par l'ONU, dans l'Est de l'Ethiopie, où Nestlé est censé aider à la distribution de l'eau potable pour des dizaines de milliers de personnes et la réalité du terrain avec une station de pompage victime de la corrosion et de pannes fréquentes, Nestlé n'assurant plus son entretien depuis fin 2005... tout en continuant à faire le promo de son aide humanitaire sur son site internet.

- Nestlé qui essaye de soudoyer le reporter en lui proposant de faire un autre reportage "pour le compte de Nestlé sur la consommation d'eau du secteur agricole."

- Aux Etats-Unis, dans le Maine, où Nestlé pompe un million de litres d'eau par jour pour sa marque Poland Spring, paye le propriétaire 10 dollars par camion citerne d'une capacité de 30 000 litres d'eau de source, envoi 25 000 camions sur les routes tous les ans et a porté plainte contre la commune de Fryeburg qui ne l'autorisait pas à développer une seconde station de pompage. Une fois mise en bouteille, la même quantité d'eau sera revendue 50 000 dollars...

- Le business Pure Life: "Une eau pour le monde entier, tel est le concept de la marque Pure Life. Il s'agit d'une eau d'origine souterraine, purifiée et enrichie en minéraux selon une recette tenue secrète. Elle est produite dans 27 pays sur les 5 continents mais elle a partout le même goût. D'ores et déjà, c'est l'eau en bouteille la plus vendue au monde. La marque affiche un taux de croissance à deux chiffres." Avec un pH de 7,7 (eau alcaline) et une teneur en minéraux de 208 mg / litre, ce n'est pourtant pas une eau recommandable selon la bioélectronique de Vincent.

- Au Pakistan, pays manquant cruellement d'eau potable pour ses habitants pauvres, Nestlé pompe la nappe phréatique et inonde le marché de son eau Pure Life. "Les puits ancestraux du village ne sont plus assez profonds. A proximité immédiate de l'usine, plusieurs se sont même asséchés. [...] Les habitants du village ont signé et envoyé une pétition à Nestlé pour réclamer le droit de boire eux aussi l'eau qui se trouve sous leurs maisons. Et Nestlé a dit non." Conclusions de Maude Barlow, conseillère en cheffe de l'ONU pour les question d'eau 2008/2009 : "Nestlé vole l'eau des populations locales et se faisant menace leur subsistance même [...] Nestlé est un chasseur d'eau, un rapace"

- "Rien qu'aux Etats-Unis, les producteurs d'eau en bouteille utilisent 800 000 tonnes de plastiques par an pour le conditionnement de leurs produits. 4 bouteilles en plastique sur 5 finissent à la poubelle, sur le bord des routes ou dans la mer. Les étagères des supermarchés sont remplis des déchés de demain"

« Certes, les "embouteilleurs" ne prélèvent qu'une fraction infime de l'eau douce consommée dans le monde (0,008%) mais l'implantation d'une société d'embouteillage sur un nouveau territoire entraîne souvent un découragement des pouvoirs publics locaux à investir dans la distribution d'eau potable. De plus, ceci contribue à faire baisser ou à maintenir une mauvaise qualité de l'eau du réseau. Par ailleurs, le prix d'une eau conditionnée est le plus souvent inaccessible aux populations déshéritées des pays hébergeurs. Au final, l'eau en bouteille ne fait qu'aggraver la crise humanitaire et l'inégalité sociale et n'est pas un produit durable. » analyse Yann Olivaux.

Que l'on se rassure, les autres géants de l'eau en bouteille ne sont donc pas en reste :  en Inde, une cinquantaine de villages ont vu leur nappe phréatique se réduire considérablement parce que Coca-Cola y puisait pour la production de son eau Dasani ensuite exportée... Voir le reportage L'eau pompée de Coca-Cola.

Une question cruciale n'est pourtant pas abordée dans le reportage : quelle est la valeur de l'eau ainsi embouteillée et stockée de plusieurs semaines à plusieurs mois ? 

Nous répondons à cette question dans la section Eaux minérales , Eaux de source et Eaux en bouteilles.  Si la valeur marchande ne fait aucun doute, la valeur biologique d'une telle eau est pour le moins aléatoire: une eau morte plus ou moins polluée de minéraux non assimilables par l'organisme, voilà ce qu'achète réellement le consommateur, lui qui pensait s'offrir quelques verres de pureté... On notera au passage dans le reportage que les bonbonnes à eau en plastique sont au Pakistan souvent stockées en plein soleil, l'idéal pour le relarguage dans l'eau de substances chimiques liées au plastique...

Aux Etats-Unis, pays des sodas, les arnaques de l'eau sont encore plus importantes, la norme étant d'offrir aux CONsommateurs de l'eau du robinet distillée agrémentée de quelques vitamines synthétiques. En Europe, le groupe Coca-Cola s'est cassée les dents sur un marché un petit peu plus exigeant: lancée le 1er février 2004 en Grande-Bretagne avec un budget de 10 millions d’euros, la boisson Dasani a été retiré en catastrophe un mois plus tard après qu’un article du quotidien The Independent révéla qu’il s’agissait d’une banale eau du robinet traitée et vendue 1€40 le demi litre. Après avoir minimisé l’affaire sur le thème du « Ce n'est pas une crise. Tout produit lancé dans une nouvelle catégorie demande d'éduquer le consommateur », le groupe Coca-cola rappela un demi-million de bouteilles et annula les lancements prévus dans le reste de l’Europe...

« Eduquer le consommateur » ? L'éducation du consommateur selon les industriels de l'eau s'apparente apparemment à leur faire prendre des vessies pour des lanternes mais, avec un budget illimité et au regard du marché de l'eau morte en bouteilles, tous les espoirs sont effectivement permis!  « Ne pas prendre les consommateurs pour des cons mais ne pas oublier qu'ils le sont » serait la devise inavouée de Procter & Gamble. Les industriels de l'eau s'en sont apparemment inspirés...

 

 

 

Les multinationales de l'eau du robinet

 

Côté robinets (français), le temps des marges royales semble être derrière les trois mastodonte du secteur :  Suez Environnement, Veolia et la Saur. Les mairies et collectivités n'hésitent plus - à l'instar de Paris en 2010 - à repasser à une gestion municipale et, au minimum, à renégocier les contrats à la baisse. "Nous voulons démontrer que la modernité, c'est un service public plus efficace que le privé", martèle Anne Le Strat, présidente d'Eau de Paris et adjointe au maire de Paris, chiffres à l'appui. "Avant le passage en régie, Veolia et la Lyonnaise qui géraient l'eau potable à part égale nous facturaient chaque année 17 millions d'euros de travaux. En 2011, nous en avons dépensé 11 millions, et cela, à périmètre égal", dit-elle en rappelant que ce type d'économie a permis à la ville de diminuer le prix de l'eau potable de 8% en 2011.

Du coup, les géants français de l'eau se tournent de plus en plus vers l'étranger pour redresser leurs comptes. Comme le rappelle l'article du Monde, Le business de l'eau sous pression: "Les besoins sont immenses : aujourd'hui, seulement 13 % de la population mondiale est alimentée en eau par des opérateurs privés ! En 2010, plus de 160 millions d'habitants dans le monde étaient desservis par les services d'eau potable exploités par les entreprises françaises. Et celles-ci réalisent déjà à l'étranger un chiffre d'affaires supérieur à 9 milliards d'euros, soit deux fois leur chiffre d'affaires français."

Nous n'allons donc pas les plaindre tout de suite, 80% du marché français restant d'ailleurs encore entre leurs mains. Un reportage, Water makes money, "retrace le processus qui a conduit à l’abandon des régies publiques, encouragé par « le droit d’entrée » : une pratique consistant, pour les opérateurs privés, à mettre à disposition des communes une confortable somme d’argent afin de s’assurer la conversion au modèle du partenariat public-privé (PPP). Ces mariages d’intérêt ne sont pas restés sans conséquences pour les usagers : factures en constante augmentation, canalisations non entretenues..."

 

 

Les pseudos "meilleurs produits"

 

Côté solutions plus ou moins innovantes enfin, le pire côtoie le meilleur. Du côté obscur de l'eau, ces revendeurs d'un unique système qui, lorsqu'ils ne mentent pas effrontément, exagèrent sans modération les vertus de leur système. Il faut bien que leurs prix (parfois) excessifs trouvent une justification, fut-elle virtuelle. 

Les revendeurs de l'eau Kangen sont sans conteste les plus agressifs : malheur à celui qui tombe dans leur fichier car ils ne vous lâcheront plus, sans répondre le moins du monde par contre à vos légitimes questionnements. Nous verrons dans la section Types d'eau ce qu'il en est de cette eau ionisée et très alcaline: ponctuellement intéressante, elle est une aberration sanitaire au quotidien tant elle s'éloigne du modèle de la nature et il est ridicule de penser qu'un foyer sur cinq en est équipée au Japon. Très coûteuse à l'achat - plus de 3000 euros - les acheteurs sont persuadés qu'ils rembourseront leur investissement via la revente et multiplient les arguments et les sites internet... Tant et si bien que la société distributrice Enagic a été condamnée à une suspension d'activité de 9 mois (Avril 2010 à Janvier 2011) au Japon par l'Organisme de protection des consommateurs japonais!

Les "experts en bien-être" autoproclamés de la société Nikken - encore une société japonaise! - sont généralement plus respectueux de leurs prospects mais, comme tout marketing de réseau qui se respecte, sont tributaires de leurs ventes pour leurs rémunération, ce qui n'incite évidemment pas à l'objectivité ou à la modestie. "Depuis plus de 35 ans, nous avons aidé des millions de clients à travers le monde à atteindre un bien-être complet et un mode de vie équilibré, basés sur les Cinq Piliers du Bien-être : un Esprit sain, un Corps sain, une Famille saine, une Société saine et des Finances saines." déclare ainsi le site français. Les produits sont généralement de qualité mais leur coût et leurs arguments sont parfois discutables. En matière d'eau leur fontaine PiMag Waterfall n'est pas inintéressante de prime abord et le coût semble correct (300 euros mais apparemment beaucoup plus en Suisse?) mais le système de filtration est loin d'égaler les systèmes par osmose inverse (filtration annoncée à 1 micron contre 0,0001 microns pour l'osmose: 10 000 fois moins!), le remplissage par le haut n'est pas des plus pratiques, les filtres sont à changer tous les 3 mois soit, avec les pierres, 310 euros de plus par année mais, surtout, l'eau devient à nouveau alcaline (pH entre 8,5 et 9,5) alors que la bio-électronique de Vincent insiste pour que l'eau soit au contraire légèrement acide. Enfin, quid de la prolifération microbienne de l'eau stagnante, à l'instar des carafes filtrantes ? 

Mais il n'y a pas que les japonais qui savent manier le marketing. Les "partenaires" d'une société française dont nous tairont le nom ont également parfois recours à tous les arguments possibles pour faire signer le client. Non salariés de l'entreprise, c'est en effet pour eux le seul moyen de rentrer dans leur investissement temps et de toucher leur commission d'environ 1000 euros par appareil vendu!  Inutile de dire qu'ils ne connaissent pas non plus grand chose à l'eau, selon le principe que "il est très difficile pour quelqu'un de comprendre quelque chose lorsque son salaire dépend de ce qu'il ne le comprenne pas!" selon la formule d'Upton Sinclair...

Bref, méfiance avec les revendeurs proposant une unique solution. "Il faut bien se rendre à l'évidence, il existe autour de l'eau un immense business commercial dont les argumentaires frisent parfois l'escroquerie intellectuelle voire l'escroquerie tout court." résume Richard Haas. En matière d'eau et compte tenu des subtilités à l'œuvre, mieux vaut avoir le choix et un minimum d'information!

 

 

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